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En recevant une délégation suédoise, la semaine passée, la CCI a affirmé sa volonté de marier mobilité internationale et apprentissage. Objectif : permettre aux jeunes de partir sur de longues durées.

« Ça doit être un rêve de travailler ici ! » Il  a, presque les yeux qui brillent, ce visiteur suédois en déambulant dans les locaux des Ateliers Perrault. Il n’est pas le seul. L’entreprise de Saint-Laurent-de-la-Plaine, qui réunit quelques 150 menuisiers, &ébénistes, charpentiers, ou ferronniers, a conquis les quatre membres d’une délégation suédoise, venue dans le Maine-et-Loire, la semaine dernière, dans un but bien précis : renforcer les liens entre la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du département et ses étudiants, d’un côté, et l’école Ängelholm, partenaire depuis six ans, de l’autre. L’occasion de mettre un coup d’accélérateur sur la mobilité des jeunes en apprentissage, dont un projet expérimental pourrait leur permettre de partir à l’étranger jusqu’à 12 mois (contre deux semaines aujourd’hui).

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Crédit : Alexandre BLAISE – Courrier de l’Ouest

« Chacun a un savoir différent, il faut changer »

De quoi pousser les jeunes à se tourner, un peu plus, vers l’apprentissage, assure Emmanuel Badonneau, responsable de la filière menuiserie au campus Eurespace, à Cholet : « C’est une volonté d’offrir ça aux jeunes dans les années à venir. L’apprentissage évolue. C’est l’occasion d’apporter une autre vision. » La filière en a besoin, à écouter le professionnel : « En BP (Brevet Professionnel) menuiserie, il y a 16 personnes. Je pourrais largement en accueillir 401. Il y a une dizaine d’entreprises en recherche d’apprentis… Le secteur du bâtiment repart. Dans 18 à 24 mois, ça sera compliqué d’avoir de la main-d’œuvre qualifiée. »

En plaçant « la mobilité au cœur de l’apprentissage », la CCI espère bien changer la donne. Reste, donc, à établir des ponts avec l’étranger. Les nombreuses visites de la délégation suédoise en sont un exemple. Localement, Batityl (menuiserie industrielle, Maulévrier), la Comec (menuiserie coupe-feu, La Tessoualle) et les Ateliers Perrault n’ont pas ouvert leurs portes au hasard. « Les Ateliers Perrault, c’est quand même une entreprise d’envergure, structurée, convient Emmanuel Badonneau. Il y a aussi le prestige. » Mont-Saint-Michel, château de Versailles (lire ci-dessous)… Les chantiers de l’entreprise vieille de 250 ans sont une vitrine. De celles qui nécessitent un certain degré d’exigence pour l’intégrer ? C’est la question de l’un des visiteurs suédois. « Il y a une sélection d’apprentis », confirme Emmanuel Badonneau.

La réponse a convaincu Karin Magnusson, une dirigeante de l’école Angelholm curieuse des pratiques françaises. « Nous sommes ici pour les comparer, pose-t-elle. Par exemple, ici, les horaires sont plus importants. Et, en Suède, nous accordons plus d’importance à l’ergonomie, le bien-être des salariés. » Que dire à un jeune prêt à poser ses valises dans l’Hexagone ? « Faire du mieux que possible, répond Karin Magnusson. Être ouvert à de nouvelles cultures et accepter de se remettre en question. » Responsable des relations internationales à la CCI, Sujal Chouhan n’attend que ça : « Nous souhaitons permettre à des jeunes étrangers de connaître notre formation, mais aussi d’internationaliser notre établissement. » Le mot de la fin, c’est Louis-Marie Gelineau, un ancien des Ateliers Perrault, aujourd’hui guide dans l’entreprise, qui l’a : « Chacun a des savoirs différents. L’important, c’est de les échanger. »

Les Ateliers Perrault, une vitrine pour l’étranger

La chambre de commerce et d’industrie (CCI) a misé sur le savoir-faire de l’entreprise de Saint-Laurent-de-la-Plaine.

Il est comme chez lui, Louis-Marie Gelineau. Huit ans qu’il a quitté les Ateliers Perrault, après 42 ans de travail, mais rien n’y fait. Une poignée de mains par-ci, un signe de la tête par-là. Et des souvenirs plein la tête. Par hasard s’il fait partie des « anciens » qui font découvrir l’entreprise aux visiteurs, comme il l’a fait jeudi dernier avec les représentants de l’école suédoise Ängelholm.

L’ancien salarié n’a pas forcé pour convaincre ses visiteurs nordiques. Dans les Ateliers Perrault, le savoir-faire fait office de vitrine. Prenez cet escalier, destiné à rejoindre le Moyen-Orient (ci-contre), ou ce meuble qui devrait atterrir à Moscou. « C’est la particularité de ce que l’on fait : une réalisation unique », sourit Louis-Marie Gelineau. La preuve à seulement quelques mètres. Un grand portail rouge en pleine restauration, à coup de rabot, « à l’ancienne ». Logique. « Il faut conserver un maximum de l’histoire », glisse le guide.

Mont-Saint-Michel, Château de Versailles où les Ateliers Perrault ont réalisé un escalier pour le hameau de la Reine… Les chantiers ont un goût de prestige. Surtout, ils témoignent des différents métiers de l’entreprise des Mauges, où ébénistes côtoient ferronniers, où les charpentes sont travaillées à deux pas des vitres – dont certaines sont pare-balles. « Ça montre l’étendue de la clientèle » comment Louis-Marie Gelineau. En passant devant le portail de l’église des Herbiers, il souffle : « Pour faire ça, il faut une grande expérience. Ça ne s’apprend pas à l’école. »

Alexandre BLAISE

alexandre.blaise@courrier-ouest.com